Par ***
Trad. du polonais par Anna Dyczkowska
Il ya dans ce monde des choses qui surprennent, intriguent, inspirent, donnent à penser, poussent à l’action. En conséquence, elles deviennent un sujet fréquent des toiles, dessins ou photographies des artistes, qui recourent à l’image pour interpréter la réalité qui les entoure. Il y a aussi des couleurs : une grande abondance, toute la gamme de belles couleurs dont chacune possède en plus cent nuances. Elles nous disent toutes quelque chose, traduisent une émotion ; on dirait même que chaque sensation a sa couleur propre, la vie intérieure de l’homme étant aussi riche et variée que la palette de tous les artistes de la planète. Il y a aussi des gens, hors du commun, uniques, qui déchiffrent le monde par tous les sens pour jeter ensuite leur vision individuelle sur la toile et de cette façon, sans paroles, nous dire quelque chose sur eux-même et sur leur façon de voir la réalité. N’est-il pas beau, ce processus ? Un petit fragment de l’univers, artiste, couleur, œuvre. Il faut si peu de chose pour s’exprimer.
Voilà à quoi sert la peinture, la photographie, et toute autre discipline de l’art au sens large. Elles sont non seulement pour nous, les spectateurs désireux de nous émerveiller, nous poser des questions, nous enfoncer dans cette autre dimension de la réalité. L’art est d’abord pour l’artiste, qui s’exprime, se réalise grâce à lui (et s’il réussit en même temps à faire fortune et fasciner deux ou trois personnes, on ne peut que l’en féliciter).
À qui dois-je ces considérations ? À un peintre français qu’on peut retrouver à la Galerie sous un pseudonyme peu « artistique » de K100. Comment sont ses œuvres ? Elles sont tout d’abord multicolores, spontanées, énergétiques. Il y a en elles de la fureur créatrice et du libre arbitre, plutôt que de la précision et une méthode (celle-ci consisterait-elle dans le désordre ?) L’artiste utilise surtout la tache, le trait bien marqué, ou encore la technique « de l’aspersoir » (je ne connais pas le terme exact, je suis désolée). Mais à quoi sert de décrire ces toiles et de les analyser minutieusement ? Probablement à peu de chose car elles appartiennent à cette catégorie d’œuvres d’art qui touchent le spectateur directement avec leur force d’expression, la couleur, la variation créative. C’est tout simplement une orgie de couleurs et des coups de pinceau spontanés, dont on ne saurait pourtant pas dire catégoriquement qu’ils soient dénués de tout sens. Ils sont tout entiers leur auteur. Et ce qui est sûr, c’est que les couleurs et la manière dont l’artiste se sert de son outil (car certaines lignes sont grosses et lourdes, d’autres fines et entremêlées) nous apprennent quelque chose sur son humeur au cours du travail et sur les émotions qui l’ont fait prendre le pinceau et le chevalet. Les couleurs ont bien leur langage propre. Je pense que le recours à la peinture jaune pour le tableau intitulé Jaune et à la peinture noire pour Noir et Or n’est pas un hasard.
Avant, je n’étais pas amatrice de l’art dit abstrait mêlé d’expressionnisme (ou à l’inverse). Je n’y voyais que des barbouillages qui n’apportaient rien, n’apprenaient rien, et s’ils étaient la source du succès, c’était une erreur et une absurdité. C’est le film d’Ed Harris sur le peintre Jackson Pollock qui m’a fait changer ma façon de voir les choses. J’ai compris que le travail de celui-ci n’était pas un hasard. C’était un effort contrôlé, l’artiste, selon ses dires, n’ayant jamais perdu le contrôle sur ce qu’il faisait, même si ses tableaux ont l’air d’avoir été peints par un fou.
Soit dit en passant que les œuvres de K100 ressemblent beaucoup à celles de Pollock : il suffit de regarder la toile Number 18 du célèbre Américain et Virage du sujet de notre étude pour constater que les deux auteurs ont beaucoup en commun. Du reste, la tache sera toujours une tache aux yeux du profane, cela ne sert donc à rien de débattre la question des différences et ressemblances car ce qui importe dans cette peinture abstraite, c’est qu’elle est toute entière une émotion. Il y a en elle de la force et de l’énergie, et même si beaucoup de nous seront tentés de penser qu’ils peuvent faire aussi bien, c’est de tout autre chose qu’il s’agit ici. Chacun s’exprime à sa manière propre et individuelle. K100, lui, a recours à l’abstraction, et rien ne s’oppose à ce qu’on en fasse autant si on le veut. Peut-être quelqu’un nous découvrira-t-il nous aussi et il ne sera plus nécessaire qu’on critique des autres à cause de leur succès.